Le projet
C’est parfois en se heurtant à une impossibilité que naissent d’autres projets, d’autres questions. Mon travail sur L’Epreuve du feu, qui n’a pu être joué que six fois à Rennes et jamais repris depuis, a été paradoxalement l’occasion d’ouvrir une autre porte de création et de pensée.
Mais, bien plus que le refus des directeurs de théâtre qui n’ont pas franchi le pas de le programmer dans leurs salles, c’est le fait de me heurter aux réticences d’un comédien face à ce texte, avec lequel il me disait ne pas pouvoir vivre pendant plusieurs mois, qui m’a donné envie de mener une enquête sur la part la plus intime du métier d’acteur : le rapport au texte qu’on ingère, digère et qui fait son chemin en nous comme un corps étranger.
Aujourd’hui, je pose aux acteurs la question suivante :
« Quel est le texte que vous ne pourriez pas dire sur un plateau de théâtre ? »
En vous posant cette question intime, subjective, j’aimerais revenir à la situation première d’un acteur face à un texte, avant même toute idée de projet ou de mise en scène : qu’est ce qui agit dans le texte jusqu’à le rendre insupportable ? Qu’est-ce qui dérange, et fait qu’on ne pourrait dire certains textes qu’à son corps défendant ?
Il ne s’agit pas de trouver une réponse universelle, mais simplement de redonner la parole aux acteur, de vous interroger de manière sensible, et de dessiner avec chacun de vous le petit « Enfer » du métier de comédien. Nous construirons ensemble, sur l’invitation de Patrick Gufflet au Théâtre Paris-Villette, et dans le cadre du projet x-réseau, un espace sur le web, celui des textes qui trouvent difficilement leur place sur un plateau de théâtre.
Je vous propose donc de vous connecter sur la page de notre projet Järnbörd : www.leprojetjarnbord.fr, et de mettre ligne un texte qui serait, pour vous, impossible à dire sur une scène de théâtre pour quelque raison que ce soit.
Je vous propose également de nous retrouver régulièrement au Théâtre Paris-Villette autour de petits-déjeuners entre acteurs pour réfléchir ensemble, et pouvoir échanger autour de ces textes à ne pas dire.
Au plaisir de mener cette enquête avec vous,
Stanislas Nordey.
